On est tous le bobo de quelqu’un

Si je devais voter pour l’expression du siècle, je choisirais BOBO. Celui qui désigne l’individu bourgeois-bohème, pas la petite plaie insignifiante de-quand-j’étais-petite soignée au mercurochrome ni le courant bolcho-bonapartiste.  Quoique je me demande si aujourd’hui les trois ne se rejoignent pas finalement… Je veux soigner la bobo qui est en moi ! Si la définition basique est connue de tous, son association à un sociotype précis semble plus complexe et suscite polémique. Né au Etats Unis, le terme de bobo visait à remplacer celui de “yuppie” qui souffrait d’une réputation trop péjorative (young urban professionnal version américaine de  “jeunes cadres dynamiques”).

Gentrification in progress

Toujours délicat à définir avec justesse sans marcher sur les oeufs frais bio de son marché dominical, le bobo réunit quand même certains critères : c’est une personne souvent instruite et diplômée, politiquement à gauche, dont les revenus s’ils ne rivalisent pas avec ceux des cadres bourgeois, restent suffisamment abondants pour leur permettre de profiter pleinement des opportunités culturelles, et de revendiquer leurs valeurs écologiques, de tolérance et de vivre ensemble. 

Tout le monde il est beau il est bobo

Tout le monde traite tout le monde de bobo. Entre hommage et insulte, on entend ce terme à longueur de journée pour qualifier n’importe qui sans profonde justification. C’est le cycliste, le consommateur bio du marché  (ça compte double si il est végétarien), le votant qui ne voit ni trop rouge ni trop bleu marine, le citadin ou banlieusard proche, le vacancier du cap ferret, le fumeur de joint du dimanche, j’en passe. Bref c’est le bobo bashing et ça fait quand même beaucoup de monde ! Pour les bourgeois (de droite) ils sont les imbéciles heureux de la globalisation, les imposteurs du snobisme, et pour pour les bohèmes (de gauche) les pique-assiette du faux pauvre, les incubateurs du libéralisme. La nouvelle insulte à la mode quoi.

Seulement voilà à force d’être ramifié à une multitude de branches le bobo ne discerne plus ses racines et devient une véritable expression fourre tout. Le terme a certes évolué mais ne peut pas prétendre correspondre à une catégorie sociale car les bobos n’ont aucun statut ni intérêt économique ou social commun. Ils peuvent aussi diverger entre eux sur leurs espérances, leurs droits, leurs substrats idéologiques. 

Ce qu’on lui reproche 

Toujours est-il qu’ il ne cesse de provoquer à bien des égards sarcasmes et antipathies car symbole inconscient d’une minorité privilégiée qui ne peut donc pas représenter ceux qu’il considère pourtant comme ses congénères de la classe moyenne à grand coups de tentative de mixité sociale. Concrètement, le bobo n‘est pas critiqué pour sa conscience citoyenne aux bordures écologiques mais pour ce que sa caractéristique sociale a d’antinomique avec son art de vivre…et ses revenus. On lui reprochera de vouloir s’apparenter à des valeurs tout en étant complètement détaché de la réalité qu’elles incarnent ; revendiquer un argent solidaire en n’ayant jamais vécu un quotidien de classe populaire, manger bio en ignorant tout de l’anatomie d’une vache (oui mais le bobo boit du lait d’amande saveur vanille que voulez vous?!), s’extasier devant le film d’auteur coréen en prétendant qu’avec ça et les nems il maîtrise quand même un peu la culture asiatique. 

C’est le clivage abyssal entre le peuple et les élites, tout ce que -normalement- il exècre. La société le déclare comme plutôt à l’aise financièrement et sujet de la réussite sociale, dont il souhaite justement tenir la distance, considérant l’argent comme un moyen et non une finalité. On ne s’éloigne donc toujours pas de la notion initiale de “gauche caviar”, les français ont la croyance tenace du bobo au coeur à gauche et au portefeuille à droite; le bobo dinosaure synonyme d’élite intellectuelle et politique est encore bien présent.

Fière d’être une bobo

En rédigeant cet article, je me rends compte que j’ai coché toutes les cases de la liste des marqueurs de l’archétype du bobo de France. Et j’en suis fière ! Pas spécifiquement d’appartenir à une catégorie d’individus somme toute assez floue mais d’avoir des valeurs pacifiées de rapport sociaux, à tendance tantôt progressiste tantôt plus traditionnelles sans pour autant que cela soit contradictoire pour moi. Qu’à cela ne tienne si d’aucuns ont décidé de faire du bobo le bouc-émissaire d’une manipulation de l’opinion publique sous couvert d’une forme d’escroquerie sociologique. Victime de caricature à en frôler le ridiculisme, j’accepte d’être une bobo si cela signifie porter des convictions féministes, écolo, contre les inégalités raciales ou sociales. L’humain français parfois me fascine en cette culture obsessionnelle et insupportable qu’il a de ranger les gens dans les cases, de diaboliser le moindre écart de parole, criminaliser le mot de trop ou traquer la pensée changeante. Cela rassure probablement mais l’érige aussi en véritable dictateur de la bien pensance sous l’auréole vraiment mal dissimulée de la pensée unique. 

A bobo entendeur, salut.

Bichement vôtre.


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