La princesse Fidèle et son royaume de vertus

Il était une fois dans un pays pas si lointain, le royaume des sacro-saints tabous. Là-bas, dans une contrée balayée par le vent des conventions, où l’écume amère du sens commun caresse les rivages, une princesse nommée Fidèle. Symbole de respect et de sagesse dans son manteau de nacre, elle enveloppe son pays dans la blancheur de ses vertus. De temps en temps, on aperçoit sa rivale, la vilaine sorcière Adultère qui se pavane dans le palais, provoquant  servantes et chevaliers, et les invite dans les eaux froides de la transgression. Toutes deux divergent en bien des points mais le soir venu des banquets de fête frayent communément avec l’éthique, rigolent avec l’impertinence, et trinquent avec l’hypocrisie. 

L’infidélité, aussi universelle que taboue demeure encore l’objet de réactions quand même un peu beaucoup régies par la morale judéo-chrétienne, même si tout le monde ne s’accorde pas sur la genèse de celle-ci : culpabilité et interdiction pour les uns, socle traditionnel des valeurs libérales pour les autres. D’un bord comme de l’autre on idéalise le couple et le mariage, notions pourtant peu apparentes dans la culture livresque, musicale ou cinématographique. On exploite plus souvent le filon fiévreux de l’adultère, de l’amour impossible et du destin brisé. On s’est d’ailleurs rarement enflammés avec de banales histoires d’amour sans piment, on veut mourir de chagrin avec Emma Bovary, de poison avec Juliette, s’abandonner dans le parfum de la censure avec Anna Karénine et s’enfuir sur des routes de Madison , ravagées par les braises de la passion interdite.

 Dans la réalité, si on est plus discrets que nos héros fantasques on est aussi plus perfides : allons bon, on a tous nombré un jour les couples de notre entourage rescapés des affres de l’infidélité, ou au moins de ses prémices. Souvent, le trompeur est un salop, la trompée une victime (je suis obligée de masculiniser le propos, les statistiques sont contre moi, même si l’infidélité féminine ne cesse de progresser, elle ne rattrape pas celle des hommes). Or si l’infidélité est un traumatisme pour celui ou celle qui le subit, ce n’est pas non plus une partie de plaisir pour celui ou celle qui l’engendre. Imputée à la conséquence de la chute du désir pour l’autre, du déséquilibre de sentiments, on considère l’infidélité comme déloyale, destructrice sans évaluer la situation dans son ensemble. 

L’infidélité souffre de nombreux préjugés, qui s’articulent tous autour du sexe. Heureusement, on essaie de plus en plus de désintégrer le cerveau de l’entrejambe et peut être produire une légende différente à l’image sulfureuse de l’infidélité. 

 Le cas des femmes 

Longtemps jugé comme un ornement de pouvoir et de réussite sociale pour les hommes, la maîtresse opposée à l’épouse, reste enfermée dans son rôle d’accessoire pour asseoir la suprématie de l’homme. Par méconnaissance, peur ou sexisme on juge les maîtresses  pourtant toutes les situations existent avec leur complexité sans comprendre que ce type de relation peut être un choix conscient ou plus malheureux, une révolte intérieure contraire à leur principe, suscitant davantage l’empathie que le mépris.

Je suis malheureux donc infidèle 

Beaucoup de gens accomplis dans plusieurs domaines de leur vie ont des relations extra-conjugales et pas du tout à ranger pour autant dans la case pervers sexuels ou prédateurs narcissiques. C’est une population à priori saine et ordinaire, d’honnêtes citoyens qui votent, qui mettent des sous sous dans la quête dominicale,(un point pour l’hypocrisie) et qui promènent Médor à l’orée du bois. Fidèles de nombreuses années puis hop franchissent la limite. L’infidélité fait même la part belle à l’égalité en s’adressant à tout le monde : heureux, malheureux, femmes, hommes, hétéros , homos, vieux, jeunes; libertin,etc. Si j’étais sarcastique j’irai jusqu’à reconnaître en elle une certaine forme de justice sociale, tombée dans les bras de la liberté.

Le trompeur est coupable, la trompée victime

Quel salop ! Oh la garce ! Ce n’est pas la thèse absolue et certainement pas la mienne. On ne peut pas juste mettre une frontière entre ceux qui n’y font que penser (c’est à dire tout le monde) et ceux qui agissent en disant “on ne passe pas!”, ni réduire le jugement d’un individu sans prendre en compte son passé, ses émotions, et ses motivations premières souvent bien éloignées du simple besoin sexuel. Ils ou elles ont besoin de retrouver une partie perdue d’eux même, un lien de tendresse et d’affection, ou tout bonnement le désir perdu de leur femme resté dans leur utérus lors de leur accouchement. Si les raisons sont aussi multiples qu’inconscientes, elles traduisent toujours l’expression d’un mal-être, d’une rupture avec l’ancien, de l’anéantissement d’un cycle. La douleur n’est pas fonction du rôle joué dans le schéma adultérin, qu’on en soit l’auteur ou le spectateur. Aussi il serait sain ne pas se laisser engloutir par le ténébreux terrier de la culpabilité, à la fois horrible et tentant. Ces hommes et ces femmes ont déjà accepté tant de fadeur dans le cadre moral qui leur sert de vie qu’il serait absurde de s’auto-flageller davantage.

Après infidélité, tout espoir est perdu

Détrompez vous à point nommée! Elle peut aussi et sous réserve d’une bonne couche d’honnêteté et de communication permettre la réinvention du couple version 3.0 (ok ce ne sont que des mots et à mon avis, c’est quand même mal barré) Mais si’il est évident que le glas de la première union a sonné, ils peuvent choisir ensemble de signer pour une deuxième vie ensemble et ainsi retrouver une passion dans la nouveauté. La foule en délire.

 Ouverture sur le polyamour

Enfin nous y voilà, ma digression sur l’arnaque patriarcale et hétérosexiste la plus répandue au monde, aussi connue connue sous le terme de monogamie. Bonjour à une sexualité décomplexée qui si elle n’est pas près de devenir la norme sociale peut inspirer les couples monogames. Les polyamoureux auraient selon certaines études, des qualités propres à leur spécificité amoureuse, l’ouverture, la communication, leur absence de jalousie (parlent même de “compersion”) Le polyamour n’a pas de leçon à donner à la monogamie mais à la tromperie : on est toujours moins tentés par l’interdit lorsque la relation explicite clairement qu’on est autorisés à le braver. 

Bichement vôtre 


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