Vous souhaitez réduire les inégalités ? Essayez le Coronavirus !

C’est sous un titre similaire mais pas moins provocateur qu’un éditorialiste du Washington Post décida un jour de présenter l’ouvrage d’un historien Autrichien, Le Grand Niveleur : Violence et Histoire de l’Inégalité du Moyen Age au 21eme siècle. Tout un programme. (Notez qu’on parlait à l’époque de peste noire et non de Covid 19, une pandémie n’est pas plus « bankable » qu’une autre, encore que…) Arrêtez les élections et les débats politiques, la réponse-remède à LA question brûlante de notre ère est tranquillement en train de roupiller au rayon socio de la bibliothèque de Stanford (là ou le Monsieur enseigne). Ben on savait pas nous !

Dans son ouvrage, l’auteur développe une théorie selon laquelle seuls des bouleversements massifs et violents ont pu rendre nos sociétés plus égalitaires, parmi lesquels la pandémie (les trois autres étant la guerre de masse, la révolution et l’effondrement d’un état).  Selon lui, l’un de ces cataclysmes obligeraient les états (le mieux étant de ne pas attendre que ça arrive) à prendre des mesures drastiques pour niveler les inégalités voir elles seraient d’elles-même massivement réduites par une redistribution profonde des cartes (Genre augmenter les salaires face à une offre de travail réduite, nouvelle organisation du marché favorisant les classes populaires ou encore partager les patrimoines via une redistribution à travers les héritages). 

Halte à la chronique, le modèle français a du souci à se faire. D’abord une pandémie est un processus biosocial, c’est-à-dire un phénomène dont les effets sont démographiquement puis socialement sélectifs, les premiers touchés étant ceux dont seul l’adverbe caractérise la suprématie :  les plus vulnérables, les plus vieux, les plus malades, les plus pauvres. 

Et le confinement dans tout ça ?

Pour l’instant la pandémie du Covid-19 entretient voir renforce les inégalités sociales par son caractère unique d’obligation de confinement. Mal logement, insalubrité, monoparentalité, fracture numérique parce que vivant à Nouillorc ou St Gapour moins connues que leurs consoeurs toponymes : c’est le confinement pour certains, mais la réclusion pour d’autres.  Dans ce contexte, difficile de penser que le confinement est une formidable expérience philosophique de repli pour soi, elle l’est peut-être pour des bobos comme moi (je reviendrai plus tard sur la définition de “bobo” désormais incarné par tout à chacun pourvu que tu ne votes pas Marine Le Pen et que tu as un vélo) mais n’illustre certainement pas la réalité d’une majorité qu’on renvoie à leur sphère privée déjà source de tensions. De même qu’on demande tranquillement à 12 millions d’élèves d’aller à l’école à la maison, aux profs d’assurer une “continuité pédagogique” et aux salariés de télétravailler en conservant ses modes de vie intacts sans affaiblir sa productivité. Trop fastoche.

QUID de l’après

On a bien compris qu’on nous refaisait le coup du bon petit plan Marshall pour essayer de sauver l’économie (ben quoi ça avait bien marché ça nan ?) mais qu’en sera t’il des inégalités, de genre, sociales, spatiales ? C’est peut-être ici que le rôle du citoyen longtemps réfugié dans son entre soi protecteur intervient, s’il ne conserve pas d’effets post-épidémiques trop conséquents. On avait bien pensé au gouvernement, mais tout comme arrêter de fumer il n’y a qu’une seule chose qui marche : la vo-lon-té ! 

Renaissance de la solidarité

Après le spectacle quotidien de marionnettes (comprenez les applaudissements de 20h), on sait bien que les soignants rentreront à nouveau dans leur tanière d’oubliés à l’image du phénomène entier. On a poussé des oh et des ah, moi la première mais concrètement on a pas tout à fait réussi à actionner des leviers assez solides pour reconstruire une solidarité nouvelle. Pourtant le lien existe, par un noyau commun, un récit collectif autour des piliers fondamentaux tels que le travail, les institutions,  ou chacun peut s’inscrire par sa mobilisation, sa participation dans une cohésion sociale. En partant de la base, école, quartier, voisinage, on peut recréer un sens autour d’intérêts communs, et surtout cesser d’attendre le drame pour exprimer une fraternité oubliée. Il ne suffit plus d’applaudir à nos fenêtres, ce sont ceux là même qui portaient des gilets jaunes et dont l’opinion méprisait pourtant les revendications, stigmatisant leur apolitisme, loin des clichés de soutien instagramables. Aujourd’hui, la crise aura peut-être permis de nous figurer l’évidence : il n’y a rien de plus politique que la demande d’égalité.

Bichement vôtre


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