Et toi, t’as pas peur de regretter d’avoir un enfant ?

Bizarrement, cette question, on ne la prononce JAMAIS. Et pour cause, dans notre société, la norme est simple : il “faut” avoir des enfants (et pas de cervelle). Or, de nombreuses femmes et d’hommes ne ressentent jamais ce désir, ou en tout cas font le choix d’une vie différente, pas moins bien ni meilleure. Sans enfant donc.

Que ces personnes en aient décidé ainsi individuellement ou que cela soit issu d’une réflexion de couple importe peu,  la société s’accordera souvent à les discriminer d’un jugement réflexe sans beaucoup de prévenance, au mieux d’un regard interrogatif sur leurs inspirations marginales. Parce que oui, il faut expliquer ce choix, le disséquer, le déterminer, le revendiquer, et donc se justifier auprès des uns et des autres qui ont parfois l’aplomb parental de vous abreuver de “parce que tu n’es pas prête!” ou encore de “tu dis ça maintenant mais tu verras!”. Pardon mais je verrai quoi exactement ? Et quel est le rapport avec la temporalité ? A entendre l’expression de ces dictats, on a intérêt de s’y mettre fissa fissa sous peine de se prendre en pleine face la triviale et suprême :

 “et toi, t’as pas peur de regretter de ne jamais avoir eu d’enfants ? “  

Ca y est j’ai senti mon ovaire droit (et par ailleurs en parfait état de fonctionnement) frétiller. Avec ça je me dis qu’on ne doit pas être loin d’une devise de parti dictatorial dont l’idéologie reposerait sur l’obligation de devenir parent. C’est notre destin à tous, que ça nous plaise ou non ! Et bien précisément non, Madame/Monsieur le ministre de la tyrannie de la reproduction. ça ne me plait pas ! Et si vous pouviez me lâcher l’utérus deux secondes, je vous explique pourquoi.

 D’abord, cette volonté de non-enfant est bien souvent le fruit d’une dense et intime réflexion sur la parentalité et ses définitions. On peut même entendre des discours bien résolus sur des valeurs éducatives à la limite du réac, (être là pour l’enfant, pourquoi faire des enfants si c’est pour le confier à une nounou, l’enfant doit aller à son rythme, etc) ce n’est donc pas un choix par désintérêt de l’enfant mais davantage par souci de ne pas parvenir à inscrire son entière disposition au cœur de l’éducation et au centre de l’enfant. Plus tabou mais pas moins digne, avouer ne pas vouloir perdre sa liberté individuelle, (je sens que certains vont lire égoïsme là, non non j’ai bien écrit li-ber-té) constitue une autre réponse, on désire plus qu’autre chose de la disponibilité pour soi et/ou pour son couple. C’est donc l’épanouissement personnel qui est en jeu, consacrer sa vie à soi, à l’autre. 

Ces arguments, s’ils ne convainquent pas, témoignent au moins du fait que procréer est un choix qui échappe au moins autant à la raison que de s’y refuser propre et net. Alors pourquoi la justification ne serait-elle pas inversée?  En suivant cette logique, on devrait être en droit de demander à ceux qui souhaitent procréer : avez vous de bonnes raisons pour cela ? Autrement dit, est-ce moral d’avoir des enfants et si oui, pourquoi ? 

J’ai eu l’occasion un jour d’entendre un homme témoigner avec franchise sur cette question tabou “ je ne voulais pas d’enfant et puis j’ai rencontré ma femme, on en a fait, on ne sait pas trop pourquoi, d’abord un premier puis deux autres, pour qu’ils se serrent les coudes” Avec pudeur, il a expliqué regretter parfois son manque de liberté d’homme et d’individu, de temps pour lui, directement lié à sa parentalité. Parallèlement à l’évidence d’aimer profondément ses enfants, il a aussi confié ne pas “avoir intérêt à regretter”, la culpabilité serait trop grande, trop politiquement incorrecte. Pourtant et en toute conscience, quiconque peut s’interroger sur ses choix passés, futurs, et éventuellement reconnaître intérieurement la privation d’exploration d’un autre pan de sa vie, d’un manque de place à sa créativité intérieure ou même de prise sur le monde.

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise conviction, on peut se réjouire de tous ses choix comme s’en désoler, pourvu qu’ils aient été pris en pleine conscience du seul principe qui devrait mettre tout le monde d’accord : la procréation n’est pas une fatalité mais un CHOIX.

Bichement vôtre.


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